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Fleur de prunier

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La journée a été très dure à l’hôpital de la Grâce et de la Pitié, situé au centre d’une grande ville chinoise. Tous les docteurs, les infirmiers et leurs aides, jusqu’au cuisinier et même le vieux portier qui accueille les malades, tous s’activent avec ardeur avant que le soleil ne disparaisse…

 

Enfin arrive le tour de l’homme distingué. Celui-ci s’incline poliment. Puis par un signe de la main il donne un ordre à 4 porteurs. Ceux-ci transportent un hamac sur lequel est étendue une petite créature. L’odeur est terrible, la saleté repoussante ; les cheveux ressemblent à un paquet d’herbe boueuse. Des vêtements déchirés recouvrent à peine des blessures infectées ; tout le corps est marqué de zébrures violacées, conséquence de coups de fouet…

 

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Le texte que tu entendras est à peu près celui-ci :

 

Fleur de prunier

La journée a été très dure à l’hôpital de la Grâce et de la Pitié, situé au centre d’une grande ville chinoise. Tous les docteurs, les infirmiers et leurs aides, jusqu’au cuisinier et même le vieux portier qui accueille les malades, tous s’activent avec ardeur avant que le soleil ne disparaisse.
En fait, c’est une journée comme les autres, avec son long défilé de malades. Beaucoup attendent encore leur tour de passer dans le cabinet de consultation. Avec 200 ou 300 malades chaque jour, l’hôpital est toujours plein.
Fatigué, le vieux docteur soupire. Il s’appuie sur l’épaule de son assistant.
– Arrête-toi un instant, suggère celui-ci.
– Non, mon garçon, il y en a encore qui attendent dehors. Lui, il les guérissait tous.

Mais en regardant dehors, au milieu de cette foule de malades venus se faire soigner, le vieux docteur aperçoit un chinois très bien mis, assis dignement sur un banc à l’ombre du mur. L’homme au visage sévère observe la foule des miséreux. Il ne parle à personne et attend son tour.
Pour tous ces gens qui sont là, un missionnaire raconte la merveilleuse histoire du grand médecin : Jésus, venu se pencher sur la misère de chacun. C’est par amour pour Lui que nous sommes ici.
– Voulez-vous accepter ce petit livre, ajoute-t-il en distribuant des évangiles, Vous pourrez lire vous-même le récit de son amour pour vous ?
L’homme respectable écoute aussi avec un vague sourire.
– Qui est-ce ? se demande le vieux docteur. Est-il malade ou accompagne-t-il un malade ? Il peut certainement payer, pense-t-il ! Tant mieux, car l’hôpital a tellement besoin d’argent !

Enfin arrive le tour de l’homme distingué. Celui-ci s’incline poliment. Puis par un signe de la main il donne un ordre à 4 porteurs. Ceux-ci transportent un hamac sur lequel est étendue une petite créature. L’odeur est terrible, la saleté repoussante ; les cheveux ressemblent à un paquet d’herbe boueuse. Des vêtements déchirés recouvrent à peine des blessures infectées ; tout le corps est marqué de zébrures violacées, conséquence de coups de fouet.
– Soeur Tang, viens vite ; regarde ce qu’on nous apporte ! s’écrie le vieux docteur.
Soeur Tang s’active ; vite un bain chaud, et un stimulant. Vite des ciseaux !
– Oh, si nous pouvions la sauver !
– Voulez-vous garder cette enfant ? demande le visiteur poliment.
– Certainement, répond le docteur.
– Mais elle n’a pas d’argent pour payer, reprend l’homme distingué.
– Ce n’est pas une question d’argent ; nous n’avons jamais refusé personne. Nous désirons agir comme Jésus ; il a dit :

« Celui qui vient à moi, je ne le mettrai pas dehors. » Jean 6, 37

– Ah, vraiment ? répond l’homme ; je reviendrai dans un mois, dit-il, en s’inclinant avant de sortir.
– Qui est ce chinois si bien habillé ? s’interroge tout le personnel de l’hôpital, Et quel est le mystère de cette petite fille battue et sans doute jetée à la rue pour y mourir.

Au bout d’un mois, comme il l’avait promis le mystérieux chinois est à nouveau là.
– Ping-an (la paix soit avec vous) le salue le vieux docteur. Elle a survécu par miracle. Elle mange et hier, pour la première fois, elle a souri. Venez la voir !
Après avoir traversé le hall, ils entrent dans la grande salle où sont alignés des dizaines de petits lits blancs.
– La voici, Monsieur… dit le docteur en désignant une petite fille en train de découper des poupées de papier.
– Non ! c’est impossible ! s’écrie le visiteur, qui ne peut croire que la ravissante fillette aux yeux noirs et au visage délicat soit le misérable paquet qu’il a apporté il y a un mois.
– Si, si, c’est bien elle, confirment sœur Tang, Su-Lan et Nan-dzun, le visage rayonnant de joie.
– Je veux payer, dit l’homme émerveillé, en sortant une pièce d’or.
– Oh non, c’est beaucoup trop ! Nous sommes tellement heureux de ce miracle !
Mais finalement le visiteur insiste et la pièce d’or passe dans la main du vieux docteur. Puis avec de nombreuses courbettes, l’homme se retire, en promettant de revenir un mois plus tard.
– On n’y comprend toujours rien, déclare Su-Lan en haussant les épaules.
Un mois plus tard, l’inconnu est à nouveau là et demande à voir l’enfant.
– Elle joue dans la cour ; je vais vous conduire vers elle, lui répond Su-Lan avec respect et pleine de joie.
Dans la cour, sous des pruniers en fleurs, un groupe de convalescents jouent à donner des miettes aux pigeons, tout en riant aux éclats.
– Fleur de prunier, viens ici !
Aussitôt une fillette souriante accourt et s’incline respectueusement devant l’étranger.
– Nous lui avons donné le nom de Fleur de prunier, ajoute Su-Lan, car elle est aussi délicieuse que les fleurs délicates des arbres de la cour.
Mais Soeur Tang sait que l’homme est venu chercher leur jeune amie.
– Fleur de prunier, ce monsieur est venu te chercher… Aussitôt la fillette fond en larmes et cache son visage contre l’épaule de son amie.
A l’heure du départ, tout le personnel de l’hôpital est aussi triste que si chacun avait perdu une fortune. Même la lumière de la cour semble s’être obscurcie comme lorsqu’un gros nuage cache le soleil.
– Pourquoi la reprenez-vous ? Nous aimerions la garder pour toujours.
– C’est un ordre ; je dois obéir, répond le visiteur calmement. Mais ne craignez rien, vous la reverrez bientôt. Vous avez fait beaucoup plus que vous ne pensez en la sauvant.
Quand il remonte dans son élégant ricksha (une sorte de voiture chinoise) il est accompagné de la fillette. Elle est vêtue d’une robe de soie et tient une jolie boîte sculptée qu’un des docteurs lui a donnée pour y mettre ses trésors. Mais dans son cœur brille le plus grand des trésors. Elle a appris quelques-uns des beaux cantiques que tout le monde chante le matin à l’hôpital. Elle connaît aussi plusieurs versets de la Bible par cœur. On lui a appris à prier et son cœur s’est ouvert à l’amour de Jésus. En apprenant à lire les merveilleuses histoires de l’évangile, la petite fille s’est épanouie comme une fleur au soleil.
– N’oublie pas, ma petite, lui chuchote le vieux docteur, tu auras à montrer la route du ciel, malgré les pierres et les épines.
– Bon voyage ! crie tout le personnel au moment où la voiture s’ébranle.
Fleur de prunier fait signe de la main avant que la ricksha ne disparaisse au coin de la rue.

Le temps passe. Au printemps succède l’été. Les malades continuent à affluer à l’hôpital de la Grâce et de la Pitié mais non pas l’argent.

Or, un jour, arrive une surprise, sous la forme d’une grande enveloppe rouge.
– Venez tous, j’ai une surprise pour vous ! annonce le vieux docteur.
Tout le personnel de l’hôpital se rassemble.
– Cette enveloppe rouge contient une invitation de la dame du palais près du lac, jeudi prochain, pour tout le personnel de l’hôpital. Elle enverra des voitures pour chercher tout le monde.
Les membres du personnel de l’hôpital se regardent avec étonnement.
– La dame du palais près du lac ; c’est une chinoise très riche qui habite une splendide demeure, mais on sait aussi qu’elle n’aime pas du tout les chrétiens. Que signifie cette invitation ?
Le jeudi de l’invitation, tout le personnel est prêt. Bientôt arrivent à l’hôpital les rickshas conduits par des domestiques en livrée bleue. Après trois kilomètres à travers la plaine, la caravane de rickshas arrive près du lac. Un portier ouvre la grille, et les voilà tous, au palais de son altesse : Ling-Taï-Taî.
Quittant les voitures, on les conduit à travers de splendides jardins, des cours intérieures richement décorées jusque dans une pièce somptueuse, tendue de soie et meublée de sculptures en marbre et d’antiques porcelaines. Au fond de cette salle est assise une toute petite vieille dame : Ling-Taï-Taï,
Elle se lève pour accueillir ses invités.
Après les présentations, la vieille dame offre à tous un repas exquis. Puis lorsque chacun est rassasié, Ling-Taï-Taï s’adresse à tous :
– J’aimerais vous raconter une histoire. C’était pendant la lune des sacrifices d’hiver ; j’ai décidé de mettre en lumière un vieux mensonge. J’avais souvent entendu parlé de votre hôpital. On disait que personne n’y était refusé, qu’il soit riche ou pauvre, que chacun y était aimé de la même façon au nom d’un Dieu d’amour. Je me suis dit : « c’est un mensonge, personne ne peut résister à l’influence de l’argent. Il n’y pas de Dieu d’amour. Jusqu’alors j’offrais mes sacrifices pour apaiser la colère de mes dieux. Alors j’ai appelé mon maître d’hôtel : « Va chercher, lui ai-je commandé, dans les quartiers les plus misérables de la ville, la créature la plus horrible à voir et apporte-la à l’hôpital chrétien. Vous connaissez la suite. A chacune de ses visites, mon serviteur m’a raconté fidèlement ce qu’il a vu et entendu. Il m’a dit aussi que vous manquiez d’argent mais que votre but n’était pas d’en gagner. Il m’a assuré que l’hôpital de la Grâce et de la Pitié portait bien son nom. Mais j’avais encore beaucoup de préjugés contre vous et je n’ai pas voulu croire ce qu’il me disait. Mais quand il m’a amené Fleur de prunier, cette petite si douce, si souriante, si affectueuse, cela a touché mon cœur. J’avais l’intention de la prendre comme servante, mais votre Dieu en a décidé autrement. Vous lui aviez donné un livre, vous lui aviez fait connaître le Dieu d’amour et de miséricorde. Le Seigneur Jésus a mis dans sa bouche des paroles telles que nous avons lu le livre ensemble. Maintenant je veux qu’elle devienne ma fille adoptive.
La vieille dame frappe doucement dans ses mains :
– Fleur de prunier, laï !
Du jardin la fillette se précipite ; elle sourit de bonheur en saluant chacun de ses amis, puis elle se jette dans les bras du vieux docteur :
– Je montre la route du ciel ; mon honorable maman y marche déjà et le portier aussi… et presque le maître d’hôtel…
Ce dernier se tient dans l’encadrement de la porte en souriant. Il présente une bourse pleine de pièces d’or au vieux docteur.
– Vous aurez autant d’argent que vous en aurez besoin, ajoute Ling-Taï-Taï en s’avançant, au nom de celui qui est amour et miséricorde.
– Celui à qui nous appartenons et que nous servons, ajoute doucement le vieux docteur.

 

 

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